Dans un contexte mondial où la pression pour l’intégration des critères ESG (Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance) redéfinit les échanges, la logistique Maroc franchit une étape stratégique majeure. L’annonce par Rabat de l’objectif d’éliminer la production d’électricité à base de charbon d’ici 2040, tout en visant 52% d’énergies renouvelables dans son mix électrique installé d’ici 2030 (contre environ 45% actuellement), repositionne fondamentalement la chaîne d’approvisionnement marocaine. Cette décision, couplée à l’arrêt planifié de nouveaux projets charbonniers, n’est pas seulement une politique énergétique : c’est un accélérateur pour une Supply Chain 4.0 plus propre, plus résiliente et, surtout, plus compétitive à l’échelle internationale.
L’Avantage Technique : Optimisation de la Performance ESG des Maillons Logistiques
Le basculement accéléré vers les énergies vertes offre un avantage technique direct et quantifiable pour les opérateurs de la logistique Maroc. L’accès à une électricité à faible teneur en carbone permet aux entreprises de réduire drastiquement leurs émissions de Scope 2 (consommation énergétique), un impératif pour les multinationales soumises à des réglementations européennes strictes.
Cet engagement soutient l’essor des smart ports. Des plateformes comme Tanger Med, déjà pionnier en termes de connectivité, peuvent désormais capitaliser sur une énergie propre pour électrifier l’intégralité de leurs opérations : l’alimentation des portiques de quai, la recharge des Automated Guided Vehicles (AGV) et l’optimisation des centres de distribution adjacents. Pour les flux conteneurisés, chaque TEU manipulé à Casablanca ou Tanger gagne en « empreinte verte », un facteur de différenciation crucial dans l’attribution des contrats de fret maritime et terrestre.
L’intégration d’un réseau électrique plus propre est la clé de voûte pour l’électrification de la dernière brique logistique. Elle stimule l’investissement dans les flottes de véhicules électriques ou fonctionnant à l’hydrogène vert, garantissant une meilleure rentabilité à long terme face à la volatilité des prix des hydrocarbures.
Défi du Marché : Sécurisation du Financement et Volatilité des Coûts d’Énergie
Malgré l’ambition, la transition présente un défi du marché complexe : le déphasage entre la demande d’investissement massif et la conditionnalité de l’échéance 2040. L’engagement de se séparer du charbon repose sur l’obtention d’un financement climatique international suffisant (notamment via des mécanismes comme les JETP – Just Energy Transition Partnerships).
Ce financement est essentiel pour gérer l’abandon prématuré des actifs charbonniers existants (asset stranding) et garantir une « transition juste » socialement. Pour le secteur de la chaîne d’approvisionnement marocaine, cette dépendance au financement externe introduit un risque de volatilité dans la stratégie énergétique à long terme. La stabilité et l’accessibilité des prix de l’énergie sont des paramètres critiques pour la compétitivité du fret. Un retard dans l’attraction des capitaux pourrait entraîner des coûts d’énergie supérieurs, impactant directement la rentabilité opérationnelle des transporteurs et des gestionnaires d’entrepôts.
L’analyse des coûts logistiques doit désormais intégrer une modélisation fine de ce risque énergétique, obligeant les acteurs à sécuriser des contrats d’approvisionnement en énergie renouvelable (PPA – Power Purchase Agreements) pour garantir la prédictibilité financière de leurs opérations.
Opportunité Commerciale : Le Maroc, Moteur des Corridors Logistiques Verts
L’objectif de devenir un centre régional de l’énergie renouvelable pour l’Europe et l’Afrique se traduit par une opportunité commerciale exceptionnelle pour la logistique Maroc. Le pays est idéalement positionné pour devenir un hub de production et d’exportation d’hydrogène vert et d’ammoniac vert, nécessitant le développement de nouvelles infrastructures logistiques de haute technicité.
Cette diversification crée une demande exponentielle pour le transport et la manutention de :
- Project Cargo : Composants de parcs solaires et éoliens de grande taille.
- Hydrogène Vert : Mise en place d’une chaîne d’approvisionnement spécialisée pour les molécules vertes, nécessitant des terminaux spécialisés dans les ports de l’Atlantique et de la Méditerranée.
La création de ces « Corridors Verts » entre le Maroc et l’Europe, basés sur des carburants de substitution et une électricité décarbonée, augmentera la valeur ajoutée par TEU transporté, transformant le pays d’un simple point de passage à une « terre de production verte ». Les entreprises de logistique qui investiront dans la certification de leurs services green logistics et dans la traçabilité numérique (blockchain) seront les architectes de cette nouvelle ère, consolidant la position du Maroc en tant que leader de la durabilité logistique en Afrique.
La trajectoire définie par le Maroc jusqu’à 2040 scelle l’avenir de sa chaîne d’approvisionnement. En transformant une contrainte environnementale en un levier d’attractivité économique, Rabat force l’industrie de la logistique Maroc à accélérer sa mue vers la digitalisation et la décarbonation. Les défis financiers et infrastructurels sont considérables, mais la vision est claire : un réseau logistique ultra-performant, capable d’aligner la croissance du trafic (notamment à Tanger Med) avec les exigences mondiales de durabilité. Pour les professionnels du secteur, l’heure n’est plus à l’observation, mais à l’investissement ciblé dans les technologies qui feront de la green logistics la norme et non l’exception.

