Comment le Maroc transforme l’élan sportif en levier de développement
Le football est aujourd’hui bien plus qu’un sport, c’est un accélérateur d’investissements, de modernisation urbaine et de visibilité internationale. L’expérience de l’Espagne, hôte de la Coupe du Monde 1982, illustre cette dynamique, l’événement a agi comme catalyseur de rénovations de stades et d’améliorations urbaines, laissant un héritage matériel et organisationnel au-delà du tournoi.
Le Maroc a connu, en 2022, une autre forme d’impact, celui du rayonnement. La performance historique des Lions de l’Atlas, première sélection africaine et arabe à atteindre une demi-finale de Coupe du Monde, a propulsé le mot « Maroc/Morocco » au centre de l’attention mondiale. Les tendances de recherche ont atteint un pic le 10 décembre 2022 (jour du Maroc-Portugal), confirmant l’effet “vitrine” du sport sur la notoriété d’un pays, y compris auprès de publics qui le connaissaient peu. Google (région MENA) a d’ailleurs publié, à la même période, des listes de requêtes fortement associées à l’équipe marocaine, signe d’une curiosité mondiale amplifiée par le numérique.
Cette visibilité s’est prolongée dans le tourisme. D’après les données communiquées par le ministère de tutelle et reprises par Reuters, le Maroc a accueilli 19,8 millions de touristes en 2025, un record qui frôle la barre des 20 millions. Au-delà du chiffre, cette trajectoire confirme une réalité, dans l’économie de l’attention, la performance sportive peut agir comme un “déclencheur” d’image, puis comme un moteur de flux (voyages, événements, investissements privés).
Une stratégie d’infrastructures construite dans la durée
Ce résultat n’est pas le fruit d’un effet ponctuel. Depuis plusieurs décennies, le Maroc a engagé une montée en puissance progressive de ses infrastructures sportives et logistiques, dans une logique de préparation et de projection à long terme. Cette vision, portée par la continuité de l’État, de feu Sa Majesté Hassan II, que Dieu ait son âme, à Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu l’assiste, s’est traduite par des chantiers structurants et mesurables.
Sur le plan de la connectivité, le réseau autoroutier national réalisé par Autoroutes du Maroc atteint environ 1 800 km. Les plans visent une montée en puissance vers 3 000 km à l’horizon 2030, signe d’une ambition de maillage plus dense et plus fluide. En parallèle, le rail joue un rôle de plus en plus stratégique, l’ONCF a lancé la grande vitesse avec Al Boraq, première LGV du continent africain, renforçant la connectivité inter-villes et la mobilité à grande échelle.
Côté ports, l’activité passagers confirme l’importance du Maroc comme carrefour euro-méditerranéen. Les ports marocains ont enregistré environ 5,34 millions de passagers en 2025. Tanger Med, à lui seul, a comptabilisé plus de 3 millions, ce qui illustre la robustesse des points d’accès du Royaume.
CAN 2025 : une répétition générale maîtrisée
L’organisation de la CAN 2025 a constitué un test grandeur nature, capacité d’accueil, qualité des infrastructures, fluidité logistique et expérience supporters. Sur l’axe mobilité, plusieurs mesures ont été déployées pour améliorer les déplacements, y compris intra-ville. Un exemple concret, la livraison de bus neufs (plus de 700 unités) dans le cadre des préparatifs, destinés à renforcer la mobilité urbaine dans certaines zones concernées. Cet effort, combiné aux réseaux routier, ferroviaire et aérien, consolide l’idée d’un Maroc capable d’absorber des pics de demande, tout en améliorant durablement ses services.
Une dynamique qui dépasse le sport
La CAN 2025 n’est pas une fin, c’est un exercice mais un exercice réussi qui démontre une montée en capacité progressive, structurée et crédible. Les bénéfices attendus dépassent les stades, ils irriguent le tourisme, l’hôtellerie, la logistique, les services, et plus largement l’attractivité. Cette renaissance sportive peut devenir un tremplin vers un Maroc encore plus compétitif, à condition que le développement humain, compétences, qualité de service, culture d’accueil et performance organisationnelle avance au même rythme que les infrastructures.

