Le Royaume, 6e mondiale selon l’OMC, accélère ses flux commerciaux et redessine l’équilibre de sa supply chain entre investissements, dépendance aux intrants et montée en puissance des hubs portuaires comme Tanger Med.
Une dynamique commerciale qui bouscule la logistique marocaine
Dans un contexte mondial marqué par le ralentissement des volumes au troisième trimestre 2025, le Maroc affiche une performance commerciale atypique. Selon les données publiées par l’Organisation mondiale du commerce, le Royaume enregistre la 6e plus forte croissance mondiale des importations de marchandises, avec +16% à fin novembre 2025.
Pour les professionnels de la logistique Maroc, ce chiffre dépasse le simple indicateur macroéconomique : il révèle une intensification des flux entrants, une pression accrue sur les infrastructures portuaires et une reconfiguration stratégique de la chaîne d’approvisionnement marocaine.
Importations en forte hausse : signal d’investissement ou dépendance structurelle ?
Avec +16% d’importations, le Maroc se positionne derrière la Suisse (+36%), l’Argentine (+27%), le Taipei chinois (+23%), le Viet Nam (+19%) et Hong Kong, Chine (+17%). Il devance en revanche des blocs majeurs comme l’Union européenne (+6% extra-UE), les États-Unis (+6%) ou encore le Brésil (+6%), tandis que la Chine enregistre un recul (-1%).
Lecture sectorielle pour la supply chain marocaine
L’OMC interprète cette progression comme :
- Une poussée des investissements productifs (équipements industriels, machines-outils, composants),
- Une dépendance élevée aux produits intermédiaires importés.
Pour les acteurs de la chaîne d’approvisionnement marocaine, cela implique :
- Une augmentation des volumes de conteneurs (mesurés en TEU) dans les ports nationaux.
- Une complexification des opérations de dédouanement.
- Une pression sur les capacités d’entreposage, notamment dans les zones logistiques connectées aux hubs portuaires.
Cette dynamique renforce le rôle stratégique du port de Tanger Med, véritable pivot du fret maritime régional et plateforme de transbordement majeure entre l’Europe, l’Afrique et les Amériques.
Exportations marocaines : +8%, une performance supérieure aux grandes économies
Côté export, le Maroc affiche une croissance de +8% entre janvier et novembre 2025, surpassant :
- Les États-Unis (+6%)
- La Chine (+5%)
- Le Japon (+5%)
- L’Espagne (+4%)
- L’Union européenne (+6% extra-UE)
Cette performance reste toutefois en deçà des économies les plus dynamiques comme la Suisse (+24%), l’Égypte (+23%) ou l’Irlande (+22%).
Implications logistiques
Une croissance export de 8% implique :
- Une optimisation des corridors logistiques multimodaux (route, rail, maritime).
- Une montée en gamme des solutions de traçabilité (tracking temps réel, digital twin).
- Une accélération de l’intégration des standards Supply Chain 4.0.
Pour les industriels marocains (automobile, aéronautique, agro-industrie, textile), l’enjeu est clair : réduire le lead time et renforcer la fiabilité OTIF (On Time In Full) afin de maintenir la compétitivité face aux plateformes européennes et asiatiques.
L’Afrique, région logistique en forte expansion
La dynamique marocaine s’inscrit dans une tendance continentale robuste. L’Afrique affiche :
- +12,7% d’importations
- +6,1% d’exportations
Le continent devance ainsi le Moyen-Orient (6,2%), l’Asie (6,0%), l’Amérique du Nord (5,4%) et l’Europe (2,4%) en matière d’importations.
Pour les opérateurs logistiques marocains, cela ouvre des perspectives régionales majeures :
- Développement des corridors Sud-Sud.
- Renforcement des plateformes logistiques intégrées.
- Positionnement du Maroc comme hub de redistribution vers l’Afrique subsaharienne.
L’essor du commerce lié à l’IA : opportunité stratégique pour la logistique marocaine
À l’échelle mondiale, la valeur du commerce des marchandises progresse de 6,5%, soutenue notamment par les produits liés à l’intelligence artificielle :
- Puces électroniques
- Semi-conducteurs
- Équipements de transmission de données
Ces produits représentent environ 15% du commerce mondial et contribuent à 42% de la croissance totale en valeur, avec une hausse proche de 20% en glissement annuel.
Enjeux pour les infrastructures marocaines
Cette montée en puissance des flux technologiques implique :
- Des exigences accrues en matière de sécurité et de traçabilité.
- Des infrastructures logistiques adaptées aux produits à forte valeur ajoutée.
- Des capacités de stockage à température et hygrométrie contrôlées.
Le positionnement stratégique du Maroc dans les chaînes de valeur automobile et électronique pourrait amplifier ces flux, à condition de renforcer la connectivité portuaire, la digitalisation douanière et l’automatisation des terminaux (smart ports).
Analyse stratégique : compétitivité et résilience de la chaîne d’approvisionnement marocaine
La croissance des importations, si elle reflète un dynamisme économique, soulève plusieurs défis structurels :
- Balance commerciale sous tension
Une hausse rapide des importations sans montée équivalente en valeur ajoutée locale peut accentuer la dépendance aux intrants étrangers. - Capacité portuaire et congestion
L’augmentation des volumes nécessite une gestion fine des escales, des capacités de manutention et du pré-acheminement. - Durabilité et décarbonation
La pression sur les flux impose une optimisation des schémas de transport afin de réduire l’empreinte carbone.
Cependant, cette dynamique représente également une opportunité :
- Accélération des investissements dans les zones logistiques.
- Déploiement de solutions d’IA pour la planification des flux.
- Renforcement du rôle du Maroc comme hub régional intégré.
Perspectives 2026 : vers une Supply Chain 4.0 marocaine ?
Avec une croissance mondiale du commerce en volume de 4,5% (au-delà des prévisions initiales de 2,5%), le Maroc se positionne comme un acteur agile dans un environnement commercial volatil.
Les prochaines étapes pour la logistique Maroc seront déterminantes :
- Généralisation des smart ports.
- Automatisation des entrepôts.
- Intégration avancée des systèmes ERP et TMS.
- Optimisation du dernier kilomètre et de la dernière brique logistique.
Si la trajectoire actuelle se confirme, la chaîne d’approvisionnement marocaine pourrait passer d’un modèle réactif à un modèle prédictif, piloté par la donnée et l’intelligence artificielle.
La question n’est plus de savoir si le Maroc est dynamique, mais s’il saura transformer cette croissance commerciale en avantage logistique structurel durable.

