Le ministère de la Transition énergétique et du Développement durable du Maroc a initié une procédure internationale de préqualification pour la conception, la construction, le financement et l’exploitation d’un réseau de gazoducs structurant, reliant les terminaux gaziers de Nador West Med au tracé existant du gazoduc Maghreb-Europe, puis aux complexes industriels de Kénitra et Mohammedia. Cette démarche, encadrée par la loi n° 86-12 relative aux partenariats public-privé, marque un tournant dans l’architecture énergétique et logistique nationale.

Axes et portée stratégique du projet

Le projet comprend deux volets stratégiques :

  • Axe Nord-Méditerranéen : raccordement de Nador West Med au réseau Maghreb-Europe, garantissant un approvisionnement régulier en gaz naturel.
  • Axe industriel : prolongement vers Kénitra et Mohammedia pour alimenter les zones industrielles en énergie fiable et continue.

Les opérateurs doivent démontrer une expérience solide en ingénierie, génie civil, ouvrages linéaires sous pression, dispositifs de comptage et systèmes de sécurité. Les gazoducs envisagés intégreront des technologies avancées : aciers à haute résistance, gestion des points singuliers en zones sismiques, télé-supervision, protection cathodique et anticipation des besoins futurs de débit.

Conformité réglementaire et exigences administratives

Les entreprises candidates devront soumettre un dossier complet incluant :

  • Agréments techniques et financiers.
  • Références en transport gazier et attestations du personnel spécialisé.
  • Plans de gestion environnementale et méthodologies de soudage et contrôle non destructif.

Tous les dossiers devront être déposés sous pli scellé avant le 30 janvier 2026 à 14 h, et l’ouverture des plis se tiendra le 3 février 2026 à 10 h. Cette phase permettra de sélectionner les opérateurs répondant aux normes requises pour participer à l’étape suivante.

Implications économiques et logistiques

Le projet s’inscrit dans la stratégie nationale visant à réduire la dépendance au charbon et à accroître l’utilisation du gaz naturel, avec des besoins estimés à 8 milliards de m³ d’ici 2027, contre 1 milliard actuellement. L’Office national de l’électricité et de l’eau potable prévoit également une augmentation de la capacité électrique installée de 15 GW pour 2030, dont 13 GW issus des énergies renouvelables, nécessitant un investissement global de 120 milliards de dirhams.

Pour la logistique nationale, ce réseau représente un maillon stratégique : il sécurise l’approvisionnement énergétique des ports et zones industrielles, optimise les flux de transport gazier et renforce la compétitivité des clusters industriels marocains. L’intégration du terminal flottant de regazéification (FSRU) à Nador West Med souligne également la complémentarité entre infrastructures portuaires et réseaux énergétiques, confirmant la vision d’une Supply Chain énergétique intelligente et durable.

Perspectives et déploiement

Avec le lancement de cette préqualification, le Maroc consolide son réseau gazier national et ouvre la voie à une logistique énergétique plus résiliente. Les entreprises locales et internationales retenues participeront à un projet d’envergure, offrant des opportunités inédites en ingénierie, construction et exploitation de gazoducs.

La mise en service progressive de ce réseau à partir de 2026 permettra non seulement de sécuriser l’alimentation industrielle et portuaire, mais aussi de soutenir le développement des énergies renouvelables et la transition énergétique nationale, plaçant le Maroc à l’avant-garde de la logistique énergétique en Afrique du Nord.