Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) place au cœur du débat la question du transport rural inclusif au Maroc. Ce secteur est désormais considéré comme un levier stratégique pour le développement territorial. Dans son dernier avis, l’institution souligne l’urgence d’une transformation structurelle. En effet, il s’agit de répondre aux besoins de plus de 13,7 millions d’habitants vivant en zones rurales, soit 37,2% de la population nationale.
Un maillon clé pour le transport rural inclusif au Maroc
Le transport rural ne se limite pas à la mobilité des populations. Par ailleurs, il constitue un pilier de la logistique territoriale, conditionnant l’accès aux services essentiels et l’intégration économique des territoires.
Certes, les efforts engagés ces dernières années ont permis d’améliorer significativement l’accessibilité. Le taux de desserte routière est ainsi passé de 54% en 2005 à 81% en 2022. Toutefois, ces progrès restent inégalement répartis. Les zones montagneuses ou enclavées continuent de souffrir d’un déficit de connectivité, accentué par la dégradation des routes non classées et l’absence d’un entretien durable. Dans cette configuration, le transport rural inclusif au Maroc apparaît comme un enjeu logistique majeur, notamment pour assurer la continuité des flux de personnes et de marchandises.
Les contraintes de la mobilité et du transport rural au Maroc
Le diagnostic du CESE, présenté par son président Abdelkader Amara, met en évidence plusieurs fragilités structurelles. D’abord, le secteur souffre d’un manque de cadre réglementaire spécifique. Ensuite, le parc de transport est souvent vieillissant et la couverture en services de mobilité reste insuffisante dans les zones isolées.
À cela s’ajoute le caractère informel de certaines activités, ce qui limite la qualité de service et pose des enjeux de sécurité. Par conséquent, les dispositifs de transport scolaire, sanitaire ou professionnel restent également précaires. Dans ce contexte, la mise en place d’un transport rural inclusif au Maroc nécessite une approche systémique intégrant à la fois les infrastructures, les services et la gouvernance territoriale.
Vers un modèle intégré de transport rural d’ici 2035
Le CESE recommande l’élaboration d’un plan intégré et durable, qui s’inscrirait dans la future Charte nationale de la mobilité à horizon 2035. D’autre part, ce plan vise à repositionner le douar comme unité territoriale de référence, afin de rapprocher les populations des services de proximité.
Parmi les priorités identifiées par le rapporteur Abdelhai Bessa :
- La modernisation du réseau routier rural et le classement progressif des voies.
- La connexion des axes ruraux aux réseaux régionaux.
- La mise en place d’un financement pérenne pour l’entretien des infrastructures.
- La gestion du transport scolaire via les sociétés de développement intercommunales (SDI).
Digitalisation et innovation : nouveaux leviers logistiques
Au-delà des infrastructures, le CESE insiste sur l’importance de la digitalisation. Le développement de solutions technologiques adaptées, notamment via les énergies renouvelables (solaire, biométhane), pourrait transformer le modèle de mobilité rurale.
De plus, la digitalisation des autorisations et du contrôle des véhicules constitue un levier d’efficacité et de transparence. Enfin, la promotion de véhicules utilitaires adaptés aux contraintes rurales, conçus et industrialisés localement, ouvre des perspectives industrielles majeures en lien avec la souveraineté logistique nationale.
Perspectives : un enjeu stratégique pour la régionalisation
La réussite de cette transformation repose sur une gouvernance territoriale renforcée. Cela implique d’impliquer davantage les régions dans la planification du transport non urbain. À l’horizon 2035, le transport rural inclusif au Maroc pourrait devenir un véritable catalyseur de développement.
En conclusion, dans un contexte de régionalisation avancée, ce chantier dépasse la seule question de la mobilité. Il s’impose désormais comme un pilier de la compétitivité logistique et de la cohésion sociale du Royaume.

