Le 18 mai 2026, le Maroc lance officiellement au siège de l’Agence Nationale des Ports (ANP) à Casablanca le Portail Marocain des Procédures du Commerce Extérieur — un guichet unifié numérique qui centralise les échanges entre opérateurs et administrations. L’annonce a été faite le 4 mai par Omar Hejira, secrétaire d’État chargé du commerce extérieur, devant la Chambre des représentants. Derrière ce lancement : 1 300 milliards de dirhams d’échanges commerciaux en 2025, des millions de déclarations douanières annuelles, et un taux de digitalisation déjà à 95 % à consolider.
📡 Portail Commerce Extérieur — Maroc 2026 · Chiffres de référence
Un portail pour 1 300 milliards de dirhams d’échanges
Le commerce extérieur marocain mobilise chaque année plusieurs millions de déclarations douanières et implique une dizaine d’administrations : ministères de l’Équipement, de la Santé et de l’Agriculture, Administration des Douanes et Impôts Indirects, ONSSA, Morocco Foodex. Jusqu’ici, les opérateurs naviguaient entre ces intervenants sans fil directeur numérique unique. Le portail change cette équation : un point d’entrée, toutes les procédures.
L’ampleur des flux justifie l’urgence. Sur les 1 300 milliards de dirhams d’échanges enregistrés en 2025, 830 milliards concernent les importations et 470 milliards les exportations. Chaque heure de retard administratif se traduit en coûts de stockage et de logistique portés directement par les entreprises. La plateforme vise à supprimer ces frictions systémiques.
Le projet s’inscrit dans le Programme Commerce Extérieur 2025–2027, piloté en partenariat avec PORTNET — dont le DG, Youssef Ahouzi, a co-présidé la réunion préparatoire du 16 avril à l’OMPIC de Casablanca. Une convention de partenariat formelle avec PORTNET a été signée en mai 2025, posant le cadre opérationnel du dispositif.
🤝 Écosystème du Portail — Parties prenantes
Guichet unifié, pas guichet unique : une distinction stratégique
Omar Hejira l’a précisé explicitement devant les représentants : le portail du 18 mai n’est pas un guichet unique immédiatement centralisé. C’est un guichet unifié, première étape d’une intégration progressive. La nuance est technique autant qu’institutionnelle. Centraliser en une seule interface les systèmes de dix administrations aux architectures IT hétérogènes exige un séquençage rigoureux — sous peine de créer un point de défaillance unique à la place des frictions actuelles.
La concertation préalable avec le secteur privé confirme cette prudence méthodologique. Le 16 avril à l’OMPIC, les représentants de l’ASMEX, de la CGEM, des fédérations professionnelles et de l’Association des transitaires en douane ont validé l’approche. Leur implication n’est pas symbolique : ce sont ces acteurs qui subissent au quotidien les délais et qui alimenteront le portail en retours terrain pour en accélérer l’amélioration.
En 2025, le projet a mobilisé 60 réunions de travail, dont une dizaine dédiées au pilotage. Ce volume d’itérations — inhabituel pour un projet de digitalisation publique — signale une volonté de ne pas reproduire l’écueil classique des portails lancés sans co-construction avec les utilisateurs finaux. Le bilan de ces concertations se lira dans les indicateurs de la première année d’exploitation.
Avant / Après : les gains déjà mesurables et ceux attendus
Ce que le portail change concrètement pour les opérateurs
Le portail regroupe trois fonctions essentielles. Premièrement, la centralisation documentaire : importateurs, exportateurs et transitaires soumettent leurs dossiers via un formulaire unique qui route automatiquement les données vers les administrations concernées. Plus de transmission manuelle entre guichets. Deuxièmement, la traçabilité en temps réel : chaque dossier est suivi dans son cycle de traitement, avec des alertes sur les étapes en attente. Troisièmement, l’accès à l’information : la réglementation douanière, les formulaires et les nomenclatures tarifaires sont accessibles en un point unique — aujourd’hui dispersés sur autant de sites qu’il y a d’administrations.
Pour les opérateurs logistiques qui gèrent des flux à haute fréquence — entrepôts sous douane, zones logistiques, commissionnaires en douane —, le gain n’est pas seulement de confort administratif. C’est une réduction directe des coûts de stockage induits par les temps d’attente documentaires. Le calcul est simple : cinq jours de moins en port sur des marchandises à forte rotation, c’est des centaines de milliers de dirhams récupérés à l’échelle d’un opérateur de taille moyenne.
⚙️ Parcours opérateur — Avant vs Après le Portail Unifié
17e rang mondial : le signal que le portail doit consolider
La Banque mondiale classe le Maroc 17e mondial et 1er en Afrique du Nord et au Moyen-Orient en matière de digitalisation du commerce extérieur. Ce classement repose précisément sur les indicateurs que le portail est conçu pour améliorer : délais de dédouanement, transparence des procédures, interconnexion des systèmes douaniers. Il n’est pas acquis définitivement — les économies concurrentes investissent simultanément sur les mêmes leviers.
Le contexte africain renforce l’enjeu. Alors que Tanger Med propulse le Maroc au 20e rang mondial du LSCI sur la connectivité maritime, le portail doit compléter ce positionnement par une fluidité administrative à la hauteur. Un hub portuaire de classe mondiale perd une partie de son avantage si le processus douanier post-débarquement reste lent. Les deux dimensions — infrastructure physique et infrastructure numérique — se conditionnent mutuellement.
PORTNET comme pivot : au-delà du commerce extérieur
PORTNET n’est pas un simple prestataire technique dans ce projet. La plateforme est déjà l’épine dorsale numérique du passage portuaire marocain — elle gère les escales, les manifestes et les autorisations de sortie pour l’ensemble du réseau. Son extension au commerce extérieur terrestre et aérien élargit sa couverture à l’ensemble de la chaîne logistique nationale. Pour les opérateurs intégrés, la convergence des flux portuaires et des procédures d’import-export sur un système commun représente un saut qualitatif dans la gestion des supply chains à destination du Maroc.
📌 Ce que le lancement du 18 mai implique pour les décideurs

