Une clôture actée après feu vert des régulateurs
Baleària a finalisé l’intégration des périmètres Alborán et Estrecho d’Armas Trasmediterránea. L’opération a reçu l’aval des autorités de la concurrence espagnole et marocaine. Ainsi, la clôture est devenue effective le 30 juin 2026. La compagnie valencienne l’a annoncé par une note officielle. Une lettre interne a également été adressée aux équipes des trois marques — Armas, Baleària et Trasmediterránea. Elle porte la signature du président Adolfo Utor.
Le périmètre Alborán intègre trois navires au groupe : le JJ Sister, l’Almariya et le Volcán de Timanfaya. Le périmètre Estrecho, quant à lui, comprend plusieurs concessions ainsi que le navire Ciudad de Málaga. Au total, Baleària reprend sept navires et près de 250 salariés. Par ailleurs, cette étape s’inscrit dans le processus de rachat annoncé en août 2025. Le périmètre Canarias, pour sa part, avait déjà été clôturé en mai.
Un calendrier réglementaire en trois temps
Le feu vert des régulateurs n’est pas arrivé d’un coup. En effet, il s’est construit progressivement, sur plusieurs mois. La CNMC espagnole a autorisé le périmètre Estrecho dès mars 2026. Elle a validé le périmètre Alborán en mai. De son côté, l’autorité marocaine de la concurrence a approuvé les deux périmètres fin juin. Ce calendrier explique la clôture séquencée des opérations.
Une feuille de route pour la flotte et les équipes
Pour Adolfo Utor, cette opération dépasse le simple aspect financier. Elle consolide, selon lui, un projet d’entreprise de long terme. Désormais, le président de Baleària revendique le statut de premier armateur national de ferries. Le groupe est présent sur l’ensemble des liaisons de cabotage espagnoles. Cette position, insiste-t-il, garantit le caractère stratégique des liaisons maritimes pour la cohésion du territoire.
La feuille de route reste, selon lui, claire. En outre, Baleària prévoit d’adapter l’offre aux standards de qualité du groupe. Un plan d’investissement accompagnera l’intégration des équipes et des flottes reprises. Il ciblera la qualité de service, l’expérience passager, la durabilité environnementale et la culture d’entreprise. Aux Canaries, cette méthode est déjà à l’œuvre. Un plan de 45 millions d’euros sur trois ans y finance la modernisation des navires. Il prévoit aussi l’arrivée de quatre nouvelles unités et le renforcement des effectifs.
Les changements y sont déjà visibles. Plusieurs navires ont été réorganisés sous la marque Baleària Canarias, dont le Mercedes Pinto, le Pepita Castellví, le Sicilia et le Josefina de la Torre. La ligne de Morro Jable a rouvert. Par ailleurs, plus d’une centaine de travailleurs locaux ont été recrutés. Dans sa lettre interne, Utor a également remercié les équipes d’Armas Trasmediterránea pour leur réceptivité durant cette phase initiale.
Le dossier sensible des pavillons européens
Dans sa lettre interne, Utor a aussi répondu à des critiques. Certaines informations circulaient sur l’usage de pavillons de complaisance européens. Il les a qualifiées d’erronées. Selon lui, le groupe opère des routes internationales complexes, notamment vers l’Afrique du Nord et les Caraïbes. Le pavillon européen permet d’embarquer plus rapidement des marins de diverses nationalités. La réglementation espagnole actuelle complique, selon lui, ce type de recrutement.
Utor a précisé un chiffre : 68 % des effectifs de la maison mère sont de nationalité communautaire. Parmi eux, 90 % sont espagnols. Il relie cette nécessité à la situation de plein emploi du secteur maritime national. L’Institut social de la marine aurait d’ailleurs constaté cette tension. Ainsi, selon Utor, elle rend impossible l’armement des nouveaux navires avec le seul pavillon national.
Le président a également tenu à rassurer. Les pavillons européens ne se substituent pas, selon lui, aux marins espagnols. Le minimum de 50 % de ressortissants européens exigé par la réglementation reste respecté. La Sécurité sociale espagnole et les droits du travail nationaux sont maintenus. La protection des conventions internationales, dont la Convention du travail maritime, l’est également. Par ailleurs, Utor a assuré que ce choix ne répond pas à une logique de coût. Les frais de déplacement et de logistique associés seraient même plus élevés que l’option nationale. C’est pourquoi Baleària s’est engagée à conserver le pavillon espagnol sur la majorité de ses navires en propriété. Elle l’a fait aussi pour la totalité des navires rachetés à Armas Trasmediterránea. Cet engagement a été pris de façon unilatérale, devant le régulateur et les syndicats.
Un groupe qui change d’échelle
Avec la clôture des périmètres Canarias, Alborán et Estrecho, Baleària franchit un cap. Le groupe compte désormais près de 4 500 salariés. Sa flotte dépasse les 50 navires. Le trafic annuel conjoint devrait dépasser 8 millions de passagers. Il devrait aussi dépasser 11 millions de mètres linéaires de fret. Le chiffre d’affaires consolidé franchit, lui, le seuil du milliard d’euros.
Baleària consolide ainsi sa position d’armateur national de référence. Son réseau relie désormais la Péninsule, les territoires extrapéninsulaires et l’Afrique du Nord. Il inclut les liaisons du détroit de Gibraltar, intégrées au périmètre Estrecho tout juste racheté.

