Les importations africaines ont atteint 789 milliards de dollars en 2025, selon le dernier rapport d’Andaman Partners publié en mai 2026. Ce niveau record illustre la résilience structurelle de la demande d’importation en Afrique, malgré les tensions sur les devises et la volatilité des marchés mondiaux. Par ailleurs, le Maroc s’y confirme troisième importateur du continent avec 87 milliards de dollars, aux côtés de l’Afrique du Sud et de l’Égypte. Une position stratégique que les opérateurs logistiques marocains ont tout intérêt à saisir.
📊 IMPORTS AFRICAINS 2025 — CHIFFRES CLÉS
TOTAL IMPORTATIONS
FOURNISSEUR N°1
RSA · ÉGYPTE · MAROC
IMPORTS MAROC
Une demande d’importation africaine portée par l’industrie et la consommation urbaine
Le chiffre de 789 milliards de dollars n’est pas un pic conjoncturel. En effet, il s’inscrit dans une tendance de fond enclenchée depuis 2015, quand les importations africaines représentaient 598 milliards. Le taux de croissance annuel composé atteint 3,4% sur dix ans, selon l’analyse WTO-Andaman Partners. Ce rythme résiste aux chocs — pandémie, inflation post-Covid, instabilité des changes dans plusieurs économies subsahariennes. Ainsi, la demande provient principalement de l’expansion des économies urbaines, de l’accélération de l’activité manufacturière et de la montée en puissance des marchés de consommation dans les classes moyennes africaines.
La composition de ces imports révèle la nature des priorités industrielles du continent. La machinerie et l’électronique, les carburants et minéraux, les intrants industriels, les produits chimiques et les équipements de transport dominent la structure d’importation. Cette réalité traduit une dépendance persistante vis-à-vis des écosystèmes de fabrication externes. En outre, les stratégies d’industrialisation en cours sur le continent cherchent progressivement à réduire cette dépendance, sans y parvenir encore à grande échelle.
📊 TOP 10 IMPORTATEURS AFRICAINS — MILLIARDS USD (2025)
Source : WTO · Andaman Partners Analysis · Mai 2026
La Chine, fournisseur structurel de l’Afrique : ce que révèle la part des 27%
Depuis 2012, la Chine occupe sans interruption la première place des fournisseurs extérieurs du continent africain. En 2025, sa part atteint 27% des importations totales. C’est davantage que les États-Unis (6%), l’Inde (6%), l’Allemagne (4%) et la France (4%) réunis, selon les données WTO compilées par Andaman Partners. Ce ratio illustre une réorientation profonde des chaînes d’approvisionnement africaines. En effet, elle s’est construite sur deux décennies d’investissements chinois en infrastructures, de lignes de crédit préférentielles et d’une compétitivité-prix difficile à concurrencer sur les biens industriels et les équipements.
La nature des biens importés depuis la Chine couvre précisément les segments où la demande africaine croît le plus vite : équipements industriels, biens manufacturés, intrants pour l’infrastructure, et produits de consommation à tous les niveaux de gamme. Ainsi, pour les acteurs logistiques marocains positionnés sur les corridors transsahariens ou les liaisons avec l’Afrique subsaharienne, cette réalité implique une gestion de flux massifs en provenance des grands ports asiatiques. Ces flux transitent via les hubs méditerranéens, dont Tanger Med est l’un des pivots croissants.
🌍 PARTS DE MARCHÉ — PRINCIPAUX FOURNISSEURS DE L’AFRIQUE (2025)
Source : WTO · Andaman Partners Analysis · Mai 2026
Pourquoi la capacité manufacturière locale ne suit pas : les trois freins structurels
Le rapport Andaman Partners formule un constat que les acteurs du secteur connaissent bien. La croissance économique africaine génère une demande d’importation plus rapide que l’expansion des capacités de fabrication locales. Autrement dit, le continent se développe, mais continue d’acheter l’essentiel de ses intrants industriels à l’extérieur. Trois freins structurels expliquent cette persistance.
Les contraintes d’infrastructure
La logistique interne reste le principal obstacle à l’essor d’écosystèmes manufacturiers locaux compétitifs. Les délais de transit, les ruptures de la chaîne du froid et l’état des réseaux routiers pèsent lourd dans de nombreux pays subsahariens. En conséquence, les coûts logistiques internes obèrent la compétitivité des productions locales face aux importations. Ces dernières intègrent déjà des économies d’échelle massives dans leur prix FOB. Selon la Banque mondiale, les coûts logistiques représentent en Afrique subsaharienne jusqu’à deux fois le niveau observé dans les économies avancées en proportion du PIB.
La faible profondeur industrielle
La plupart des économies africaines manquent encore des écosystèmes de sous-traitance nécessaires pour monter en puissance. Fournisseurs de composants, sous-assembleurs, prestataires de maintenance : ces maillons font défaut. Par ailleurs, la stratégie de montée en valeur ajoutée du Maroc dans l’automobile et l’aéronautique fait figure d’exception notable sur le continent. Cependant, elle reste difficile à répliquer sans ancrage territorial fort et investissements de long terme.
La volatilité monétaire et le coût des intrants importés
La pression sur les devises dans plusieurs pays africains alourdit mécaniquement la facture des importations libellées en dollars. Cette volatilité crée un paradoxe : elle renchérit les importations, mais n’incite pas pour autant les industriels à substituer la production locale. En effet, les intrants de base de cette production sont eux-mêmes importés. La dépendance devient donc circulaire, et les opérateurs de fret international actifs en Afrique voient dans cette situation à la fois une contrainte et une opportunité durable.
🎯 CE QUE ÇA CHANGE POUR VOUS
La demande d’importation africaine en 2026 : perspectives et indicateurs à surveiller
Le rapport Andaman Partners de mai 2026 ne projette pas de rupture de tendance à court terme. La demande d’importation africaine devrait rester structurellement orientée à la hausse. Trois moteurs simultanés l’alimentent : l’accélération des projets d’infrastructure continentaux dans le cadre de l’Agenda 2063 de l’Union africaine, la montée en puissance de classes moyennes urbaines de plus en plus consommatrices de biens manufacturés, et la poursuite des programmes d’industrialisation dans les économies locomotives que sont l’Afrique du Sud, l’Égypte et le Maroc.
Deux variables d’ajustement méritent néanmoins une surveillance attentive. D’une part, l’évolution des politiques commerciales mondiales : la montée du protectionnisme dans les économies avancées pourrait redistribuer les flux vers de nouvelles géographies d’approvisionnement. D’autre part, la progression des capacités de production industrielle locale dans plusieurs économies africaines reste embryonnaire, mais réelle. Si elle s’accélérait, elle pourrait commencer à entamer, à la marge, la progression des volumes importés sur certaines catégories de biens intermédiaires. En définitive, les données WTO du premier semestre 2026 constitueront le premier test sérieux de cette hypothèse.

