Les premières Assises maritimes nationales ont clos leurs travaux à Tanger le 22 mai 2026. Au total, 14 recommandations structurantes ont été formulées pour faire du Maroc une puissance maritime régionale. Organisé sous le Haut Patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, cet événement fondateur pose les jalons d’une vision intégrée. Celle-ci s’articule autour de la souveraineté logistique et de l’intégration régionale atlantique.
📋 ARCHITECTURE DES RECOMMANDATIONS
Un Conseil National Supérieur de la Mer pour piloter la stratégie maritime
L’axe gouvernance est le socle de l’ensemble du dispositif. Ainsi, les participants ont recommandé la création d’un Conseil National Supérieur de la Mer. Cette instance de coordination interministérielle sera chargée de proposer les grandes orientations stratégiques. Elle assurera également la cohérence des politiques sectorielles liées aux espaces maritimes. En outre, une refonte globale du cadre juridique national est préconisée. Il s’agit notamment de réviser le Code de commerce maritime, afin d’aligner la réglementation marocaine sur les standards internationaux.
Par ailleurs, les Assises appellent à doter la Direction de la Marine Marchande d’un cadre institutionnel rénové. Elle bénéficierait ainsi de davantage d’autonomie et de moyens d’intervention. Cela lui permettrait notamment d’assister les navires en difficulté. En effet, certains présentent un risque réel pour la sécurité de la navigation ou l’environnement marin. C’est pourquoi ce renforcement institutionnel est jugé urgent par l’ensemble des intervenants.
Flotte marchande nationale : financement, registre et fiscalité au cœur des priorités
L’axe souveraineté logistique est celui qui engage le plus directement les opérateurs privés. Ainsi, les Assises recommandent la création d’un Registre International Marocain (RIM), offrant aux armateurs un cadre compétitif et attractif, aligné sur les meilleures pratiques internationales. L’objectif est double : fidéliser les opérateurs marocains et inciter les acteurs étrangers à immatriculer leurs navires sous pavillon marocain.
De plus, un dispositif de financement dédié est préconisé pour l’acquisition et la modernisation des navires, adossé à un mécanisme public de garantie. Enfin, un régime fiscal de type « Taxe au Tonnage » est recommandé pour rapprocher les conditions d’exploitation marocaines des standards des grandes nations maritimes. Ces trois leviers forment un triptyque cohérent pour bâtir une flotte nationale forte, notamment dans le segment ROPAX (transport de passagers et fret mixte).
📊 14 RECOMMANDATIONS — RÉPARTITION PAR AXE
Digitalisation et réparation navale : l’industrie maritime marocaine en mutation
L’axe modernisation cible deux priorités complémentaires. D’une part, il prévoit l’accélération de la digitalisation de l’écosystème maritime national. Des systèmes intelligents et des plateformes numériques intégrées seront développés à cet effet. Ces outils faciliteront l’échange sécurisé de données. Ils amélioreront également la compétitivité logistique du Royaume face aux grands hubs méditerranéens. D’autre part, les Assises encouragent l’émergence d’un écosystème de construction et de réparation navale. Dans une première phase, l’accent sera mis sur la maintenance et la conversion des navires.
Ces orientations s’inscrivent dans la continuité de la stratégie de digitalisation portée par PortNet pour le commerce extérieur. Elles signalent une montée en gamme industrielle réelle. Si elle se concrétise, cette dynamique positionnerait le Maroc non plus seulement comme pays de transit. Il deviendrait ainsi une véritable nation de services maritimes à part entière.
Sécurité maritime et décarbonation : deux chantiers urgents sur les façades atlantique et méditerranéenne
L’axe sécurité aborde des enjeux opérationnels concrets. Les recommandations prévoient notamment le développement de centres de surveillance sur les deux façades maritimes du Royaume. Des technologies avancées de surveillance seront également déployées. En parallèle, un cadre réglementaire renforcé est recommandé pour la gestion des navires à la dérive. L’objectif est de protéger le littoral, les infrastructures portuaires et l’environnement marin.
Sur le plan énergétique, les participants ont plaidé pour une feuille de route nationale de décarbonation du transport maritime. Celle-ci devra être alignée sur les engagements internationaux du Maroc. Notamment, elle intégrera les objectifs fixés par l’OMI en matière de réduction des émissions. Elle tiendra également compte des capacités économiques des opérateurs nationaux.
Une Université Maritime à Tanger pour former les cadres de la marine marchande de demain
L’axe formation est symboliquement le plus ambitieux. Les Assises recommandent la création d’une Université Maritime à Tanger, ainsi que le repositionnement de l’ISEM en pôle national d’excellence. L’objectif est de doter le Royaume d’un capital humain hautement qualifié. Ce capital sera apte à accompagner l’émergence d’une flotte nationale compétitive. En effet, aucune stratégie maritime ne peut s’affranchir de ressources humaines formées aux métiers de la mer.
Par ailleurs, les participants ont salué les efforts déjà consentis en matière de formation d’ingénieurs et de cadres de la marine marchande. Cependant, ils ont insisté sur la nécessité d’intégrer recherche et innovation dans cet écosystème. Sans cela, le Maroc resterait tributaire des compétences étrangères dans les segments techniques avancés.
Vers une mise en œuvre concertée : les prochaines étapes décisives
Ces 14 recommandations ne valent que par leur traduction opérationnelle. Les participants ont donc explicitement appelé à inscrire ces travaux dans une dynamique de mise en œuvre soutenue. Celle-ci devra mobiliser l’ensemble des acteurs publics et privés. Désormais, la question centrale n’est plus celle de la vision. Elle fait consensus. C’est pourquoi l’enjeu porte sur le calendrier d’exécution et les mécanismes de redevabilité entre administrations.
Les Hautes Initiatives Royales relatives à l’Atlantique et au désenclavement des pays du Sahel offrent un cadre stratégique inédit pour accélérer cette transformation. En somme, les premières Assises maritimes nationales ont posé une feuille de route ambitieuse. L’indicateur à surveiller dans les prochains mois reste la création effective du Conseil National Supérieur de la Mer. De cette création dépendra la mise en cohérence de l’ensemble du dispositif.

