Une étude de CaixaBank Research révèle que l’Espagne importe près de 80% de son acide phosphorique depuis le Maroc. Le royaume se place au cœur de la dépendance stratégique ibérique, devant la Guinée ou Madagascar. Six produits marocains figurent parmi les 46 ressources jugées irremplaçables pour l’agriculture et l’industrie agroalimentaire espagnoles. Cet article analyse les vulnérabilités commerciales et la place centrale du Maroc dans la sécurité économique européenne.
Dépendance critique
d’acide phosphorique viennent du Maroc
L’Espagne mesure l’ampleur de sa dépendance au Maroc dans un environnement international marqué par les tensions géopolitiques et les perturbations logistiques. Selon l’Observatoire sectoriel du premier semestre 2026 de CaixaBank Research, plusieurs ressources en provenance du royaume sont désormais essentielles au fonctionnement de secteurs entiers de l’économie ibérique. L’étude couvre 5 495 catégories de produits importés et isole 46 références stratégiques.
Les chercheurs appliquent un filtre sévère : forte concentration des fournisseurs, importations extra-UE, et remplacement exigeant au moins 20% de la production européenne. Seuls 46 produits passent ces tests. Le Maroc y figure avec six références, dont quatre classées comme matières premières critiques par l’Union européenne. La logistique industrielle et l’agroalimentaire sont directement exposés.
Le Maroc devance plusieurs fournisseurs mondiaux majeurs : Guinée, Madagascar, Afrique du Sud, Pérou, États-Unis ou Égypte. Cette position ne s’explique pas par le volume global des échanges, mais par la nature stratégique des ressources exportées. Là où d’autres pays apparaissent dans un grand nombre de catégories, le royaume se distingue par des produits dotés d’une importance exceptionnelle pour l’économie espagnole.
Six produits marocains et quatre matières premières critiques
Dans le périmètre final des 46 produits vulnérables, six références marocaines sont recensées. Quatre d’entre elles figurent sur la liste européenne des matières premières critiques (MPC). Ces ressources présentent une importance économique élevée et un risque d’approvisionnement majeur, car leur production mondiale est concentrée entre quelques acteurs.
- 6 produits dans l’indice final des vulnérabilités espagnoles
- 4 matières premières critiques (listes UE)
- 2 produits avec un taux de dépendance > 60%
- 39,2% de part moyenne dans les importations espagnoles de MPC
- 32,9% de part moyenne pour les autres produits vulnérables
Les phosphates et l’acide phosphorique sont au cœur de cette dépendance. L’Espagne importe près de 80% de son acide phosphorique depuis le Maroc. Ce composé est essentiel à la fabrication des engrais et exerce un effet direct sur l’agriculture et l’industrie agroalimentaire. Une rupture d’approvisionnement affecterait immédiatement la chaîne de production alimentaire espagnole.
Comparaison avec les fournisseurs les plus concentrés
Le Maroc rejoint le cercle des fournisseurs très concentrés. La Guinée fournit 82,7% des minerais d’aluminium importés par l’Espagne. Madagascar assure 82,8% du graphite naturel. La Turquie domine le marché des borates. De la même manière, le royaume chérifien est devenu le fournisseur quasi incontournable des phosphates et dérivés pour l’économie ibérique.
Part des importations espagnoles · Principales dépendances
Ces niveaux dépassent souvent 60% pour le Maroc dans plusieurs catégories. Les chercheurs insistent : ces ressources interviennent en amont de nombreuses chaînes de production. Leur indisponibilité provoquerait des effets en cascade sur l’ensemble de l’économie. C’est pourquoi la sécurité économique européenne intègre désormais le royaume comme un acteur clé.
Le Maroc, pilier de la sécurité économique européenne
L’étude change de perspective : les échanges ne sont plus analysés par leur valeur financière mais par leur contribution à la sécurité économique. Les ressources marocaines participent à la stabilité de plusieurs industries européennes. Phosphates, engrais et matières premières critiques deviennent des éléments centraux de la relation entre Rabat et Madrid.
Les auteurs rappellent que les matières premières critiques sont associées à une demande croissante liée aux transitions écologique et numérique. Leur disponibilité conditionne la compétitivité future de l’Europe. Le Maroc s’est imposé comme l’un des partenaires les plus difficiles à remplacer pour l’économie espagnole, dans des secteurs déterminants pour l’agriculture, l’industrie et la souveraineté alimentaire.
Cette accumulation de données dessine une réalité incontournable. 5 495 produits examinés, 1 697 à forte concentration de fournisseurs, 683 dépendances extra-UE, 168 produits difficilement remplaçables, 46 ressources stratégiques finales, et six produits marocains dans cette sélection. Près de 80% de l’acide phosphorique espagnol vient du Maroc. Le royaume est désormais qualifié d’« essentiel » pour la production de fertilisants et d’« importance économique élevée ».
Un indicateur à surveiller : l’évolution des importations espagnoles de phosphates
Si les tensions géopolitiques ou les restrictions d’exportation venaient à perturber l’approvisionnement depuis le Maroc, l’Espagne n’aurait que peu d’alternatives à court terme. La concentration mondiale des ressources naturelles et le rôle central du royaume dans la chaîne des engrais en font un indicateur clé de la sécurité alimentaire européenne. Les prochains mois diront si Madrid et Bruxelles accentuent leurs efforts de diversification ou assument cette dépendance stratégique.

