Le port de Jorf Lasfar s’apprête à franchir une étape décisive. L’Agence nationale des ports (ANP) lancera prochainement une étude d’envergure destinée à cartographier l’intégralité de son Domaine public portuaire, identifier les activités à haute valeur ajoutée et bâtir une stratégie foncière à l’horizon 2030. Une mission de six mois qui pourrait transformer durablement le premier port exportateur d’engrais phosphatés au monde.
Un patrimoine foncier trop longtemps sous-exploité
Jorf Lasfar est bien plus qu’un port industriel. C’est la première plateforme mondiale d’exportation d’engrais phosphatés, un pilier structurant de la région Casablanca-Settat. Pourtant, son foncier reste largement mal alloué. Par ailleurs, la pression croissante des filières à haute valeur ajoutée et la transition énergétique imposent aujourd’hui une gestion plus stratégique de l’espace disponible.
En effet, l’ANP a décidé de confier à un prestataire externe une mission de conseil structurée en trois volets. L’objectif est clair : ne plus laisser le patrimoine foncier du Domaine public portuaire (DPP) sous-utilisé ou affecté par défaut. Désormais, chaque parcelle devra répondre à une logique de performance spatiale et de rentabilité domaniale.
📋 LES 3 MISSIONS DE L’ÉTUDE ANP — JORF LASFAR
Un diagnostic exhaustif pour mesurer chaque mètre carré
La première mission repose sur un levé topographique détaillé de l’ensemble de l’enceinte portuaire. Ce relevé distinguera les zones occupées, disponibles, sous-utilisées ou techniquement contraintes. Ainsi, une cartographie exhaustive servira de socle objectif à toutes les décisions d’affectation foncière à venir.
L’analyse ira au-delà du simple inventaire. Il s’agira notamment d’évaluer la performance spatiale de chaque parcelle, d’identifier les conflits d’usage et les dysfonctionnements logistiques. De plus, une campagne d’entretiens mobilisera les opérateurs, les industriels, les autorités locales et les services internes de l’ANP. Un volet géotechnique, confié à un laboratoire agréé, complétera ce diagnostic avec des sondages mécaniques sur la zone falaise.
La falaise portuaire : un gisement foncier au potentiel inexploré
C’est la deuxième mission qui concentre les enjeux les plus opérationnels. La zone falaise de Jorf Lasfar représente un gisement foncier significatif, jusqu’ici délaissé en raison de sa morphologie accidentée. Le prestataire retenu devra proposer des solutions techniques concrètes : reprofilage, terrassement, ouvrages de soutènement, drainage et stabilisation des terres.
En outre, l’étude intégrera des études de structures en béton armé et de voiries de connexion. L’objectif est de dégager des plateformes exploitables en continuité directe avec l’espace portuaire existant. Par ailleurs, le consultant devra chiffrer les investissements nécessaires et évaluer leur impact potentiel sur les recettes domaniales de l’ANP.
Trois scénarios, un plan 3D et une vision à l’horizon 2030
La troisième mission est la plus prospective. Le prestataire devra formuler trois scénarios d’aménagement distincts, chacun évalué selon des critères économiques, techniques, environnementaux et réglementaires. Chaque scénario sera accompagné d’un zoning fonctionnel détaillé. De plus, une étude paysagère et environnementale des zones arrière du port est prévue, tenant compte des spécificités du milieu marin.
C’est pourquoi le livrable le plus attendu reste la réalisation d’un plan 3D intégral de Jorf Lasfar. Ce modèle tridimensionnel couvrira l’ensemble de l’enceinte portuaire, en intégrant les extensions de quais, les nouvelles darses et toutes les superstructures envisagées. Il constituera un outil de pilotage inédit pour la direction du port.
Des livrables opérationnels pour engager les travaux sans délai
L’étude ne s’arrêtera pas à la prospective. Elle se conclura par la production de dossiers de consultation des entreprises (DCE) pour les travaux d’aménagement et les aménagements paysagers. Un dossier architectural pour les bâtiments projetés accompagnera l’ensemble. Par ailleurs, des estimations financières détaillées, ventilées par phase opérationnelle, seront jointes à chaque scénario.
Ainsi, l’ANP ne commandite pas une simple étude de faisabilité. Elle prépare les conditions d’un passage à l’acte rapide et documenté. En somme, c’est une feuille de route complète — technique, financière et architecturale — que le port de Jorf Lasfar se dote pour les années à venir.
🗓 CALENDRIER DE L’ÉTUDE — 6 MOIS
Jorf Lasfar, levier stratégique de la compétitivité portuaire marocaine
Au-delà de la gestion interne, cette étude s’inscrit dans un contexte de transformation profonde du modèle portuaire marocain. Cependant, valoriser le foncier ne suffit pas : il faut attirer des activités industrielles à haute valeur ajoutée, compatibles avec la vocation du port et cohérentes avec les objectifs du Plan national de développement des ports. L’ANP joue ici un rôle de maître d’ouvrage stratégique, bien au-delà de sa mission réglementaire habituelle.
En effet, la production d’un plan 3D intégral constitue une rupture méthodologique notable. Cet outil permettra d’anticiper les extensions futures, de simuler différentes configurations d’occupation et d’objectiver les arbitrages d’investissement. De cette façon, Jorf Lasfar disposera d’un instrument de pilotage digne des grands ports industriels mondiaux. À surveiller : les résultats du diagnostic foncier, attendus dans les prochains mois, qui révéleront l’ampleur réelle du potentiel sous-exploité.

